Le premier hackerspace du Maroc a émergé à Tarfaya. L'info est peut-être passée inaperçue mais c'est quelque chose qui a marqué mon esprit. Pourquoi Tarfaya et pas à Casablanca par exemple ?
A Tarfaya, dans une ville du sud
du Maroc de 5600 habitants, même pas desservie par une gare de train ou un
aéroport, coincée entre un océan de sable et un océan d’eau, avec son centre
hospitalier tout petit, son port de pêche pour principale activité et traversé
de haut en bas par une seule route qui descend vers la Mauritanie.
Et ce qui est fabuleux c’est que
le succès de l’initiative du Hackerspace de Tarfaya a montré la voie à d’autres
villes comme Casablanca qui créent aujourd'hui leur propre hackerspace.
Je suis donc descendu à Tarfaya et j'en reviens avec cette intuition : et si Tarfaya fonctionnait comme un laboratoire d'idées pour le reste du Maroc ?
Saugrenu ? Et pourtant ...
Saugrenu ? Et pourtant ...
Personne ne s’attend à ce qu’il
se passe quelque chose à Tarfaya. C'est paradoxalement un atout
considérable pour cette ville. Quand personne ne vous attend, vous pouvez
déployer toute votre ambition et votre énergie. Vous pouvez vous tromper autant
de fois que vous voulez, faire des essais, personne ne vous observe. Vos échecs
sont moins violents, vos succès sont plus marquants.
Tarfaya est petite – donc tout le
monde s’y connaît. Les gens sont connectés. Pas connectés cachés derrière un
ordinateur. Mais connectés physiquement les uns aux autres. Ici quand on a une bonne idée,
on descend dans la rue en parler directement aux gens pour recevoir leur avis.
Et s’il semble impossible d’espérer pouvoir changer positivement le monstre tentaculaire qu’est devenue la mégalopole de Casablanca, on sent en se promenant dans les rues de Tarfaya qu’ici tout est possible. Tout est modifiable à volonté et à loisir.
Et s’il semble impossible d’espérer pouvoir changer positivement le monstre tentaculaire qu’est devenue la mégalopole de Casablanca, on sent en se promenant dans les rues de Tarfaya qu’ici tout est possible. Tout est modifiable à volonté et à loisir.
Il s’y trouve un vent de liberté,
dans une ville où je n’ai vu aucun policier, entendu aucun klaxon, constaté
aucune violence et où les filles peuvent se promener sans jamais y être
harcelées.
A Tarfaya, où je viens de passer
plusieurs jours, j’ai rencontré aussi des jeunes connectés à leur territoire, à leur
faune et à leur flore comme jamais avant je n'en avais vu.
Des jeunes connectés à leurs
traditions sans jamais qu’elle les entrave.
Des jeunes qui lisent dans les
dunes de sable et dans les étoiles comme je pourrais lire un GPS.
Des jeunes qui connaissent le
Maroc, l’ont parcouru dans tous les sens parce que bouger est dans la culture
nomade ancestrale des habitants du Sahara.
Des jeunes polyglottes qui
parlent au moins 4 à 5 langues : l’arabe, l’amazigh, l’espagnol, le
français, l’anglais plus d’autres langues tribales dont les noms m’ont échappé.
Ils sont lettrés, ambitieux et
veulent impacter positivement leur pays.
Et si le futur du Maroc
s’écrivait en ce moment à Tarfaya ?
A Tarfaya où est apparu au début
de l’année le premier hackerspace du Maroc.
A Tarfaya où l’on construit en ce
moment le plus grand parc éolien d’Afrique.
A Tarfaya qui prépare son premier
TEDx.
A Tarfaya où l’on teste l’éco-tourisme.
Pas à Rabat, la ville des
diplomates et des phénomènes de cour.
Pas à Marrakech, la ville des
touristes de passage.
Pas à Casablanca la ville du
bling bling et des nouveaux riches.
Mais dans le sud, à Tarfaya.
